La réserve du Chenois; Trésor naturel du bassin de la Senne

La réserve éducative du Chenois;
Trésor naturel du bassin de la Senne

Les trésors naturels du bassin de la Senne ; une série de rencontres et de reportages au travers desquels nous vous présentons, chaque trimestre, un lieu emblématique du maillage bleu de notre bassin hydrologique.

Pour préparer ce numéro, nous avons eu le plaisir de rencontrer Pauline Crasson, conseillère en environnement de la commune de Waterloo et responsable de la gestion de la réserve éducative du Chenois.

Fiche d’identité 
• Lieu : Réserve éducative du Chenois
• Origine : Ancienne zone de captage Vivaqua, recouverte par un bois
• Propriétaire : Commune de Waterloo
• Accessibilité : Le site est accessible au grand public. Entrée principale à hauteur du 127, rue des Piles.
• Superficie : Approximativement 66 ares
• Milieux naturels : Prairie humide, mares, boisement de feuillus
• Statuts de protection : Aucun statut de protection

Quelle est l’histoire de ce lieu et pourquoi avoir choisi de le protéger ?

Ancienne zone de captage de Vivaqua, le site était entièrement boisé de feuillus indigènes et traversé par quelques chemins accessibles au public. En 2013, en raison du vieillissement du bois, la Commune a mandaté un rapport sur l’état sanitaire du peuplement, ce qui a conduit à l’abattage, à l’avant du site, de nombreux peupliers arrivés à maturité ainsi que d’autres arbres présentant un danger pour les visiteurs ou les voisins.

Ce site présente un intérêt particulier en raison du milieu humide qu’il héberge principalement dans sa partie sud, où convergent les eaux de ruissellement et où la nappe phréatique est affleurante. Plutôt que de procéder à un reboisement, la Commune a alors choisi de conserver et de valoriser cette zone humide ouverte, milieu naturel rare à Waterloo.

C’est ainsi qu’en 2020, avec le soutien du Contrat Rivière Senne, une mare artificielle permanente a été créée. La zone humide naturelle, partiellement envahie par la végétation ligneuse, a fait l’objet d’un entretien.

Depuis 2024, avec l’aide du subside BiodiverCité et de l’équipe du Contrat de Rivière Senne, une restauration approfondie du site a été engagée dans le cadre du Plan Énergie Climat de la Commune, et plus précisément de la fiche 15, visant à réduire la vulnérabilité de la biodiversité face au changement climatique.

Les trois milieux présents sur le site ont été progressivement mis en valeur.

1 – La zone humide, au centre, a été re-nettoyée de toute sa végétation ligneuse. Une deuxième mare, naturelle celle-ci, a été creusée avec des berges en pentes douces et quelques paliers pour permettre à la végétation aquatique de s’y installer, une zone refuge pour les amphibiens d’une profondeur d’1m50 pour les périodes les plus sèches et les plus froides, et une berge empierrée exposée au Sud destiné aux batraciens. 

Une clôture a été installée autour des deux mares pour protéger les berges du piétinement tout en permettant la circulation de la petite faune.

Diverses espèces typiques des milieux aquatiques et des berges exondées ont depuis recolonisé cette première zone, notamment la Renoncule scélérate, l’Iris jaune, la Menthe aquatique et la Petite berle, cette dernière étant une espèce peu courante.

2 – La prairie humide située à l’entrée du site, de part et d’autre du chemin d’accès, est parcourue par un réseau de stagnations temporaires, apparues suite à l’aménagement d’une noue permettant l’infiltration des eaux et de déverser l’excès d’eau des mares permanentes vers le Ry Patiaux, vouté en voirie.

Une soixantaine d’espèces végétales y ont été recensées, dont la Reine des prés, la Salicaire commune, le Cirse maraîcher, ou, plus rare, la Prêle des marais. À cela s’ajoute une vingtaine d’espèces d’oiseaux inféodés aux milieux humides.

3 – La zone boisée à l’arrière du site, sur un sol plus sec, abrite près de 65 espèces végétales. Ce petit bois, majoritairement composé de feuillus indigènes, présente une naturalité intéressante avec une flore variée comprenant des espèces communes telles que l’Épiaire des bois, la Laiche des bois, l’Herbe à Robert, ainsi que des espèces moins fréquentes comme la Primevère élevée, le Millet des Bois ou le Myosotis des forêts. Les chemins y seront prochainement réaménagés et une zone de repos sera créée.

Quels sont les grands objectifs pour le futur de la réserve ?

Afin d’aller encore plus loin dans ce projet et d’assurer sa pérennité, l’équipe chargée de l’entretien du site se forme aux méthodes de gestion différenciée, notamment auprès du Contrat de Rivière Senne. La Commune travaille également en partenariat avec l’asbl Natagora pour faire labelliser le site en Réseau Nature. Cette reconnaissance permettra non seulement de valoriser les aménagements réalisés, mais aussi de sensibiliser la population à la préservation de la biodiversité, en mettant en avant des techniques d’aménagement et de gestion transposables aux jardins privés.

La réhabilitation de la réserve offrira à la Commune l’opportunité de sensibiliser divers publics à la faune et à la flore des trois milieux, grâce à l’installation de nouveaux panneaux didactiques ainsi qu’à l’organisation d’ateliers et d’animations destinés notamment au public scolaire.

Comment ce site s’inscrit-il dans le maillage vert et bleu du territoire ?

La réserve éducative est située à la rue des Piles à Waterloo, à hauteur du numéro 127, dans le quartier du Chenois. C’est un des derniers quartiers de la commune encore relativement préservé de la pression immobilière, constitué de maisons villageoises habitées principalement par des familles.

Elle est située sur le tracé du cours d’eau Ry Patiaux et est proche d’autres zones humides et boisées en terrains privés et communaux, comme le Bois des Bruyères ou les étangs privés situés rue de l’Escavée.

Une anecdote ou une/des observation(s) particulière(s) à partager ?

À la suite d’un déversement illégal de poissons dans la grande mare naturelle, une opération de repêchage a été organisée en août 2025, en collaboration avec les équipes du dépôt communal et les éco-cantonniers du Contrat de Rivière Senne, afin de préserver l’équilibre de cette mare récemment aménagée. Lors de cette intervention, qui a nécessité une vidange complète, plus de 1000 poissons (carassins, koï, poissons rouges, etc.) ont été capturés et relocalisés dans un site plus approprié à leur présence. 

Il était crucial d’évacuer ces poissons car leur présence perturbe gravement l’équilibre écologique de la mare. En effet, la faune piscicole consomme une grande variété de macro-invertébrés, aussi bien à l’état larvaire qu’adulte, ce qui bouleverse la chaîne alimentaire locale. Les amphibiens, notamment leurs œufs et têtards, constituent également des proies faciles pour ces poissons, déjà affectés par la dégradation générale de leur habitat. 

De plus, la présence de poissons remue la vase, ce qui entraîne la suspension de sédiments, rendant l’eau trouble. Cette turbidité limite la pénétration de la lumière, provoquant la mort des plantes aquatiques et une baisse des niveaux d’oxygène dissous dans l’eau, ce qui peut compromettre la santé de l’écosystème.

Que t’inspire ce lieu et à quoi penses-tu quand tu t’y balades ?

La réserve éducative démontre que la nature peut exister même à petite échelle, au cœur d’une commune. Pas besoin d’un grand parc sauvage, ici, quelques centaines de mètres carrés suffisent pour accueillir une multitude d’espèces caractéristiques de milieux naturels différents.

Mais elle n’est pas seulement un espace naturel riche, c’est un lieu pensé pour apprendre, comprendre la biodiversité, observer les cycles naturels et sensibiliser petits et grands à la préservation de la nature.