Les mares, une invitation aux moustiques?

Les mares, une invitation aux moustiques ?
Evitons les amalgames !

Les mares souffrent souvent d’une mauvaise réputation. Dans l’imaginaire collectif, ces petites zones humides seraient des lieux propices aux moustiques et aux maladies. Pourtant, cette idée est loin d’être justifiée, nous allons donc ensemble rendre justice aux mares et, au passage, aux moustiques aussi ! 

Le moustique : un insecte souvent mal compris

Les moustiques sont des insectes appartenant à la famille des Culicidae et à l’ordre des diptères, un groupe dans lequel on retrouve également les mouches, les syrphes ou les taons. On en compte plusieurs milliers d’espèces à travers le monde, dont 33 ont été identifiées en Belgique. Parmi ces espèces de moustiques, toutes ne développent pas un comportement piqueur « agressif » envers nous, et constituent encore moins une réelle menace de transmission d’agents pathogènes menaçant la santé humaine.

Du fait de leur cycle de vie biphasique, entre milieu aquatique et milieux aérien (cf. figure 1), les moustiques jouent un rôle important dans les écosystèmes. Ce sont des maillons indispensables dans de nombreuses chaînes alimentaires, car ils agissent en tant que consommateurs et proies, mais aussi comme décomposeurs.

Première chose à savoir : seule la femelle pique pour prélever du sang nécessaire au développement des œufs (apport de protéines). Quant aux mâles, ils se nourrissent du nectar des fleurs, participant ainsi au transport du pollen et à la fécondation de milliers de plantes, au même titre que les papillons, les abeilles et bien d’autres insectes.

En outre, les moustiques jouent un rôle important de proies pour la faune sauvage, aussi bien à l’état larvaire qu’à l’état adulte. Ils représentent une manne alimentaire précieuse pour une grande diversité de prédateurs appartenant à différents groupes biologiques : insectes, araignées, amphibiens, reptiles, chauves-souris, oiseaux, etc. Nous reviendrons sur ce point plus loin.

Le rôle de décomposeurs leur est également attribué. En effet, les larves se nourrissent des matières organiques présentes dans l’eau, mais aussi de restes de végétaux ou d’insectes en suspension ou déposés sur les fonds vaseux. La larve contribue ainsi au cycle de production et de transformation de la biomasse en participant aux cycles du carbone (C) et de l’azote (N). Elle opère ainsi un important transfert de biomasse et d’énergie.

Où les moustiques se développent-ils vraiment ?

Les moustiques peuvent pondre dans tout type de milieux aquatiques, mais là où ils prolifèrent le plus sont les petits volumes d’eau stagnante, souvent créés par les activités humaines. Ces gîtes larvaires peuvent être par exemple des coupelles de pots de fleurs, des arrosoirs, des pneus, des bidons de récupération d’eau pluviale, ou tout objet pouvant retenir l’eau. Ces milieux artificiels, ou d’autres types de retenue d’eau avec des surfaces uniformes en béton, sont particulièrement favorables aux moustiques car les prédateurs y sont souvent absents. Des études ont d’ailleurs montré que les moustiques privilégiaient les habitats artificiels aux milieux naturels comme les mares ou les étangs. Le graphique ci-dessous, issu d’une étude menée dans la métropole de Lyon (France), démontre que sur 26 habitats aquatiques prospectés, les populations de moustiques se concentrent davantage dans les sites artificiels.

La mare : un écosystème qui régule les moustiques

Une mare ou un étang en bon état écologique est un milieu complexe, riche d’une biodiversité animale et végétale souvent insoupçonnée. En son sein cohabitent de nombreuses espèces qui interagissent abondamment les unes avec les autres (cf. article « La vie aquatique : comment s’adapter ? 3ème partie : interagir »). Parmi ces interactions, la prédation et la compétition sont déterminantes dans la régulation naturelle des populations de moustiques.

Comme il a été dit plus haut, de nombreux prédateurs s’alimentent de moustiques, et ce à tous les stades de leur développement (œufs, larves, nymphes et adultes). Ci-dessous, nous vous présentons quelques espèces typiques des écosystèmes aquatiques qui sont de précieux alliés pour la régulation des moustiques :

  • Du côté des amphibiens, ce sont autant les anoures (grenouilles et crapauds) que les urodèles (tritons et salamandres) qui s’alimentent d’insectes tels que les moustiques. Citons les quatre espèces de tritons dont les adultes reproducteurs sont à l’eau de mars à juin. Très habiles dans le milieu aquatique, ce sont de redoutables prédateurs pour tous les animaux qui se déplacent dans la colonne d’eau. En outre, contrairement aux têtards d’anoures, les larves de tritons sont carnivores, elles exercent donc également une pression de prédation conséquente sur l’ensemble des macro-invertébrés aquatiques durant tout l’été. Quant aux grenouilles, leur technique de chasse (à l’affut) et leur langue protractile et collante les rend particulièrement habiles pour prédater les moustiques adultes qui survolent la mare en période de reproduction.
  • Parmi les macro-invertébrés aquatiques, les libellules figurent en tête de liste des principaux prédateurs de moustiques. Comme ces derniers, les odonates (libellules et demoiselles) dépendent des milieux aquatiques pour se reproduire, car les larves doivent se développer dans l’eau avant de mener une vie aérienne au stade imago (adulte). Une étude menée en laboratoire a pu quantifier la prédation des larves d’odonates sur les moustiques (Mandal et al., 2008) : les individus étudiés appartenant à différents genres (dont Ischnura et Aeshna) étaient capables d’avaler jusqu’à 64 larves de moustique par jour ! N’oublions pas que les odonates sont loin d’être les seuls prédateurs dans le milieu aquatiques, d’autres macro-invertébrés redoutables appartenant aux groupes des coléoptères (par ex : dytique) ou des punaises (par ex : ranâtre et nèpe) se nourrissent abondamment de petites proies.
  • Dans le milieu aérien, les chances de survie d’un moustique face à une chauve-souris ou un oiseau insectivore (par ex : l’hirondelle rustique) en période de chasse sont minces. Une pipistrelle de 5 grammes serait capable de capturer l’équivalent en poids de 3 000 moustiques en une seule nuit!

Comment favoriser une mare équilibrée ?

Pour maintenir un réseau trophique naturellement complexe et diversifié, il est utile d’intervenir sur les milieux aquatiques pour éviter leur eutrophisation et leur atterrissement. Ces deux phénomènes naturels risquent d’être profitables aux moustiques, ceux-ci appréciant les eaux croupies et peu oxygénées. Au contraire, les mares de jardin bien conçues et en bon état écologique réguleront d’elles-mêmes les populations d’insectes piqueurs.

1 – Une mare bien placée et structurée :

Il est important de créer plusieurs strates. Une zone plus profonde (environ 80 cm à 1,5 m) permet de maintenir une eau plus fraîche et offre un refuge pour la faune aquatique. Des berges en pente douce facilitent l’accès des amphibiens, des petits animaux et de nombreux insectes. Il est également préférable que la mare bénéficie d’une exposition partiellement ensoleillée, tout en conservant une part d’ombre grâce à la végétation environnante.

2 – Les plantes aquatiques : 

Elles jouent un rôle central dans le fonctionnement de la mare. Les plantes de bordure (comme les joncs ou les iris) structurent l’habitat et offrent des abris pour de nombreuses espèces. Les plantes immergées contribuent à oxygéner l’eau et offrent des cachettes ainsi que des sites de ponte pour la faune aquatique. Une mare bien végétalisée et intégrée dans un environnement favorable attirera aussi d’autres prédateurs, comme les oiseaux ou les chauves-souris qui survoleront le plan d’eau pour s’alimenter et nourrir leur progéniture.

3 – Les poissons : une fausse bonne idée

Contrairement à une idée répandue, introduire des poissons dans une mare est déconseillé. Les poissons consomment les plantes, les œufs, les larves et parfois les adultes d’amphibiens et d’insectes aquatiques. Ils perturbent également l’équilibre du milieu en remuant la vase et en enrichissant l’eau en nutriments, ce qui peut conduire à un appauvrissement de la biodiversité. 

Sans poissons, la mare devient au contraire un habitat privilégié pour les prédateurs cités plus haut.

4 – Une gestion douce du milieu

Enfin, une gestion adaptée permet de maintenir cet équilibre. Pour entretenir votre mare, il vous suffira de ramasser les feuilles mortes et de retirer l’excédent d’algues. Il est recommandé d’éviter les apports d’engrais ou d’eau chargée en nutriments. L’entretien des berges et de la végétation doit rester léger et progressif, afin de préserver les habitats de la faune.

Pour aller plus loin et découvrir comment créer ou restaurer une mare favorable à la biodiversité, des guides pratiques sont disponibles sur internet et des associations environnementales peuvent vous conseiller (Natagora, Contrats de Rivière, etc.).

À vos mares, prêts, partez !

Au revoir aux préjugés, les mares ne sont pas nos ennemies ! Bien au contraire, lorsqu’elles accueillent une faune et une flore diversifiées, elles participent naturellement à la régulation des moustiques grâce aux nombreux prédateurs qu’elles abritent. D’autant que les zones humides stagnantes figurent parmi les habitats les plus menacés à l’échelle mondiale, alors qu’elles offrent de nombreux services écosystémiques avérés : régulation des crues, recharge des nappes et soutien d’étiage, protection des sols, épuration de l’eau, refuge pour la faune sauvage, etc. (Berna & Riegel, 2017). Préserver et créer des mares, c’est donc favoriser des écosystèmes vivants et équilibrés qui rendent de nombreux services à la biodiversité… et à nous aussi !

Et pour conclure, quelques gestes simples à adopter pour éviter la prolifération de moustiques dans nos jardins :

  • Vider systématiquement les différents réservoirs dans lesquelles s’accumulent l’eau : pots de fleur, seaux, jouets pour enfants, pneus, etc. Pour éviter qu’ils ne se remplissent à nouveau, il est utile de les retourner ou de les ranger à l’abris de la pluie.
  • Couvrir les réservoirs d’eau de pluie avec un couvercle ou une moustiquaire.
  • Changer régulièrement les abreuvoirs pour animaux (poules, canard, etc.)
  • Nettoyer et réparer régulièrement les gouttières.

Enfin, si vous remarquez la présence d’une espèce exotique tel que le moustique tigre (Aedes albopictus) qui pose de réels enjeux sanitaires, nous vous invitons à contacter le projet « Surveillance Moustique » qui fait le suivi de cette espèce sur le territoire belge : https://surveillancemoustiques.be/.


Sources