Bee-O-Diversitree : nourrir l’homme et la nature

Bee-O-Diversitree
Nourrir l’homme et la nature.

Les trésors naturels du bassin de la Senne : Comme chaque trimestre, nous vous présentons un lieu emblématique du maillage bleu du bassin de la Senne. Pour ce numéro, nous avons interrogé Roger Van Hecke, un des gestionnaires du projet Bee-O-Diversitree à Chaussée-Notre-Dame-Louvignies; une section de la commune de Soignies.

Bee-O-Diversitree est un projet d’agroécologie et d’agroforesterie qui a pour objectif de démontrer qu’il est possible de produire tout en respectant la vie et tout en étant rémunéré décemment.

Formateur en agroécologie et permaculture en entreprise, Roger Van Hecke est passionné par la biodiversité. Il met en place de nombreuses actions citoyennes pour préserver et favoriser la biodiversité via les associations dans lesquelles il s’implique.

Bonjour Roger, pourriez-vous nous expliquer le projet Bee-O-Diversitree en quelques mots?

Bee-O-Diversitree, c’est avant tout un projet collectif qui se déploie sur une quarantaine d’hectares, avec une ambition simple mais exigeante : faire cohabiter intelligemment différentes fonctions du territoire.

On y associe l’agriculture, l’élevage, la biodiversité, la préservation et la régénération des sols, mais aussi plusieurs agriculteurs ayant des besoins et des projets différents. Cette année, le projet s’agrandit avec l’arrivée d’un maraîcher, Sois bio et t’es toi, et de la ferme pédagogique Les Petits Sabots.

Mais Bee-O-Diversitree, ce ne sont pas seulement des hectares, des cultures et des aménagements. C’est avant tout une aventure humaine fondée sur le partage, la complémentarité, la collaboration et l’accès à la terre pour de jeunes agriculteurs.

On pourrait résumer notre philosophie par une phrase : « Nourrir l’homme et la nature ».

Quelle est l’histoire de ce lieu et pourquoi l’avoir choisi ?

Nous sommes dans un territoire largement dominé par les grandes cultures. Le projet est né de la rencontre de trois passionnés d’agriculture et de nature qui avaient envie d’expérimenter une autre manière de penser le territoire agricole.

Le choix des terrains s’est fait à la suite du départ à la retraite de l’agriculteur qui les exploitait. Même s’il pratiquait une agriculture conventionnelle, nous avons beaucoup de respect pour le travail qu’il a accompli pendant toutes ces années, avec passion et rigueur.

Le site nous semblait particulièrement intéressant parce qu’il permettait de travailler à la fois sur les pratiques agricoles et sur la restauration de la biodiversité dans un paysage fortement marqué par les grandes cultures.

Comment ce site s’inscrit-il dans le maillage vert et bleu du territoire ?

Le paysage a été profondément transformé par le remembrement : de nombreux arbres et haies ont disparu des champs. Les terres ont également été drainées, ce qui a notamment entraîné la disparition des mares.

Nous avons donc voulu recréer progressivement ces éléments essentiels au maillage écologique. Des milliers d’arbres ont été plantés pour constituer des haies denses et diversifiées, des zones refuges ont été aménagées au cœur des cultures et une grande mare a été créée cette année.

Et la nature ne s’est pas fait attendre ! Malgré un été particulièrement chaud et sec, la mare a été très rapidement colonisée par la faune.

Pour nous, ces aménagements ne sont pas des éléments décoratifs ajoutés à l’agriculture. Ils participent pleinement au fonctionnement du site : les haies, les arbres, les mares, les cultures et les animaux doivent pouvoir interagir et se compléter.

Quelle est votre politique de gestion et de suivi du lieu ?

L’idée est avant tout d’expérimenter d’autres façons de cultiver en respectant davantage le vivant, tout en restant dans la réalité d’une exploitation agricole, avec ses contraintes économiques, techniques et climatiques.

Nos parcelles fonctionnent selon des rotations de sept ans et, chaque année, nous établissons un plan de culture. Nous cherchons notamment à diversifier les productions au-delà des cultures traditionnellement présentes dans la région : pommes de terre, blé, maïs ou betteraves.

Nous ne prétendons pas avoir trouvé « la » bonne manière de faire. Nous essayons, nous observons, nous mesurons, nous nous trompons parfois et nous adaptons nos pratiques.

Mais ces expérimentations ne sont pas faites au hasard. Nous travaillons notamment avec Farm for Good, dont les ingénieurs et experts nous accompagnent, suivent et évaluent les pratiques mises en place.

Il est important pour nous de ne pas opposer agriculture et écologie, ni de rester dans une vision théorique de l’agriculture. Nous essayons simplement, à notre échelle et dans de vraies conditions agricoles, de faire évoluer certaines pratiques et de voir ce qui fonctionne réellement.

Quels sont les grands objectifs pour le futur du projet ?

Le projet initial accordait déjà une place importante au maraîchage et à la pédagogie. Cette année, ces deux dimensions deviennent concrètes avec l’arrivée de Sois bio et t’es toi et de la ferme pédagogique Les Petits Sabots.

Mais notre objectif dépasse le développement du site lui-même. Nous souhaitons surtout partager nos expériences et transmettre ce que nous apprenons à d’autres agriculteurs qui souhaitent faire évoluer leurs pratiques.

Bee-O-Diversitree est finalement une sorte de laboratoire à taille humaine : un lieu où l’on peut expérimenter, observer, échanger et transmettre.

Avez-vous déjà une anecdote ou une observation particulière à partager ?

Ce qui nous frappe le plus, ce sont les changements déjà visibles dans la faune sauvage. Elle est aujourd’hui beaucoup plus diversifiée et abondante qu’auparavant.

Les insectes sont particulièrement présents dans les haies indigènes et les bandes fleuries. Et la création de la mare nous a offert une belle démonstration de la capacité de la nature à reprendre ses droits : elle a été colonisée extrêmement rapidement.

Cela nous rappelle quelque chose d’essentiel : lorsqu’on offre à la nature des lieux de vie, elle sait souvent les retrouver beaucoup plus vite qu’on ne l’imagine.

Que vous inspire ce lieu lorsque vous vous y promenez ?

Face à l’effondrement du vivant sauvage, il est facile de se sentir impuissant. Pourtant, ici, nous sommes régulièrement émerveillés par sa résilience.

Il suffit parfois de recréer une mare, de planter une haie, de laisser une bande fleurie se développer ou simplement de redonner un peu d’espace à la nature pour que la vie revienne.

C’est probablement ce qui nous donne le plus d’espoir : nous avons encore une capacité d’action.

Avez-vous un message à faire passer ?

Oui. Nous pensons que chacun peut agir à son échelle.

Bee-O-Diversitree cherche à démontrer qu’il n’est pas nécessaire de choisir entre produire et protéger la nature. Nous pouvons chercher des complémentarités entre agriculture, biodiversité, qualité des sols et préservation de l’eau.

Nous ne prétendons pas avoir toutes les réponses. Nous essayons simplement, concrètement, d’avancer, d’apprendre et de partager.

Et si notre expérience peut donner envie à d’autres agriculteurs, propriétaires ou citoyens de retrousser leurs manches pour redonner une place au vivant, alors le projet aura déjà rempli une partie de sa mission.

Car nous ne sommes pas seuls sur cette planète. Nous la partageons avec une multitude de colocataires dont nous dépendons aussi. À nous de leur laisser une place.