Inondations de 2021: 5 ans après.

Inondations de 2021: 5 ans après.

Cinq années après les inondations catastrophiques de 2021, l’heure est au bilan en Wallonie. En témoigne, entre autres, le projet Rives qui met en lumière le travail réalisé par les gestionnaires de cours d’eau dans le cadre de la reconstruction du bassin de la Vesdre. Mais aussi les nombreux projets destinés à protéger la population contre les crues.

Le constat est clair : l’année 2021 nous a fait passer dans une nouvelle réalité. Une réalité marquée par des épisodes de pluie plus intenses et plus fréquents qui accentuent le risque de graves inondations. Dès lors, il est devenu plus qu’indispensable d’adapter nos territoires à cette nouvelle donne.

Dans le bassin versant de la Senne, les inondations d’il y a cinq ans n’ont pas autant marqué les esprits que dans le bassin liégeois. Et pour cause, les dégâts n’étaient pas comparables. Incomparables pour deux raisons. Tout d’abord, les pluies enregistrées sur le bassin de la Senne n’étaient pas d’une intensité aussi extraordinaire qu’à l‘est du pays. Ensuite, l’histoire de notre région nous avait déjà sensibilisés à la question. Car le bassin de la Senne, notamment dans les communes proches de l’exutoire (Tubize, Ittre, Rebecq, …), est réputé pour ses crues.

En 1916 déjà, on déplorait deux victimes et trois maisons effondrées à Tubize. S’en suivent pendant un siècle des inondations récurrentes jusqu’à la crue de novembre 2010. La Senne sort de son lit et inonde le centre de Rebecq et Tubize. Son affluent, le Ry Ternel, fait de même à Ittre. Deux mois plus tard, en janvier 2011, les riverains ne sont pas encore remis qu’un second épisode important se produit.

Ces événements vont marquer profondément les esprits, et engendrer une dynamique de gestion à l’échelle du bassin afin de protéger les habitants. Une étude commandée par le Contrat de Rivière Senne identifiera notamment les lieux où une zone d’immersion temporaire (ZIT) pourrait être aménagée.

Une dizaine d’années plus tard, les précipitations de 2021 ont fait office de test pour le bassin, et les résultats furent au rendez-vous. Certes, la Senne est sortie de son lit, et de nombreuses habitations ont été inondées, mais la situation est loin du drame vécu par le passé.

Les ZIT, un levier majeur de la gestion des inondations dans le bassin de la Senne

Depuis 2010, des investissements conséquents ont été réalisés pour équiper le bassin de la Senne de zones d’immersion temporaire (ZIT). Ces importantes structures hydrauliques ont pour objectif de stocker temporairement de grandes quantités d’eau lors de fortes pluies et orages afin de diminuer les inondations en aval. Leur capacité de rétention peut aller de 10 000 m³ pour de petits ouvrages à plus de 200 000 m³ pour la plus grande ZIT du bassin de la Senne (La ZIT de Steenkerque aussi appelée ZIT de Moulin d’Hou située à la frontière de Rebecq et Braine-le-Comte sur la Senne).

En 15 ans, 23 ouvrages de ce type ont été construits dans le bassin de la Senne wallon pour un stockage total d’environ 855 000 m³. Cela représente un investissement de plusieurs millions d’euros. C’est un énorme travail par les acteurs publics qui a été réalisé à ce niveau-là.

De plus, le projet LIFE Belini (2017-2026), initié par le SPW-ARNE-DCENN avec l’aide du Contrat de Rivière Senne, a permis la construction de quatre de ces ZIT grâce à un co-financement européen. Une cinquième ZIT est en chantier à l’heure actuelle dans la commune d’Ittre.

Enfin deux autres ZIT, pour lesquelles les marchés de travaux sont en cours, devraient encore voir le jour avant la fin de l’année grâce au projet Belini et augmenter l’adaptation du bassin de la Senne aux épisodes de pluies intenses.

Voilà un bassin de la Senne bien équipé pour lutter contre les inondations mais, seules, les ZIT ne suffisent pas. Pour minimiser les impacts des inondations, de nombreux autres axes d’actions sont nécessaires.

 

Et demain ?

Dans le bassin de la Senne, la stratégie adoptée a d’abord consisté à s’adapter à cette nouvelle réalité. Les ZIT ont été privilégiées pour leurs nombreux atouts : elles sont opérationnelles dès leur mise en service, permettent de stocker des milliers de mètres cubes d’eau et améliorent le niveau de sécurité de nos cours d’eau.

Cependant, bien que ces ouvrages apportent une réponse pertinente aux enjeux actuels, ils n’en présentent pas moins une limite importante car ils n’améliorent pas le fonctionnement du cycle naturel de l’eau et ne suffisent pas à répondre aux défis futurs.

Pourquoi ? Parce que les ZIT disposent toutes d’une capacité de stockage maximale. Lors d’un épisode de pluie exceptionnel, cette capacité peut finir par être atteinte. Une fois les ouvrages remplis, leur effet sur les inondations devient très limité car la quantité d’eau qui y entre est alors équivalente à celle qui en sort. Tout au plus, dans ce type de situations, une ZIT permet de retarder les débordements en aval et permet aux populations de se préparer ou évacuer en toute sécurité.

Or, avec le changement climatique, ces épisodes extrêmes sont appelés à devenir plus fréquents. Les ouvrages de rétention seront donc saturés de plus en plus souvent. Faudra-t-il alors construire des bassins toujours plus grands ? Les multiplier ? Jusqu’où cela sera-t-il possible, alors même que l’espace disponible se fait rare ?

C’est précisément pour cette raison que les ouvrages de rétention sont considérés comme des solutions d’adaptation. Ils jouent un rôle essentiel, mais ne peuvent constituer, à eux seuls, une réponse durable. L’enjeu est désormais de renforcer la résilience du territoire, c’est-à-dire sa capacité à absorber des pluies intenses, et à s’en relever indemne.

Quelques exemples de solutions résilientes

En matière de résilience, on va travailler à l’échelle du bassin versant, et travailler à tendre vers le cycle naturel de l’eau. On va de cette manière travailler sur l’infiltration, sur le stockage dans le sol, sur le ralentissement du cycle, sur l’évapotranspiration, etc.

Pour schématiser, l’humain a modifié son environnement, et accéléré le cycle de l’eau douce : Les pluies (P) sont accentuées par le changement climatique, l’évaporation (E) est accentuée par les étendues d’eau artificielles, l’évapotranspiration est diminuée par la déforestation (T), l’infiltration (I) est réduite par l’artificialisation des sols. Cela donne lieu à des ruissellements (R) plus importants qui gonflent les cours d’eau et donnent lieu à des inondations (par ruissellement et débordement).

L’adaptation consiste à accepter que certains débordements puissent se produire, tout en veillant à ce qu’ils causent le moins de dommages possible aux infrastructures et aux activités humaines.

La résilience, elle, agit en amont. Elle vise à restaurer ou renforcer les composantes du territoire qui limitent naturellement le ruissellement. En favorisant l’infiltration et le stockage de l’eau dans les sols et la végétation, ces aménagements réduisent les volumes d’eau qui rejoignent rapidement les cours d’eau. Leurs bénéfices ne s’arrêtent pas là. Ils ralentissent également le ruissellement et augmentent le temps nécessaire à une goutte d’eau pour atteindre la rivière. Le débit est ainsi réparti sur une période plus longue, ce qui réduit les pics de crue et diminue le risque que la rivière déborde de son lit[1].

  • En plantant des arbres et des haies, en végétalisant les zones urbaines, on va travailler sur l’infiltration, sur le ruissellement (en le ralentissant), et sur l’évapotranspiration.
  • En désimperméabilisant les trottoirs et les parkings, on va également augmenter l’infiltration et diminuer le ruissellement.
  • En réaménageant et en préservant les zones humides, on va ralentir les flux et augmenter l’infiltration des eaux.
  • En remettant d’anciens cours d’eau à ciel ouvert, on va les reconnecter à leur nappe, ralentir les débits, et leur permettre de déborder dans des zones sans danger.

Heureusement, les gestionnaires de cours d’eau (communes, provinces, régions) n’ont pas attendu de lire cet article pour commencer à travailler sur la résilience du sous-bassin de la Senne.

Néanmoins, le shift n’est pas encore totalement atteint et il est essentiel d’amplifier le mouvement afin de rendre nos territoires plus résilients et de nous assurer un futur dans lequel la peur des inondations fasse partie du passé.


[1] L’objectif de cette démarche est d’abaisser le débit de pointe en dessous de la capacité maximum du cours d’eau. Si les eaux de ruissellement sont ralenties, le débit maximum du cours d’eau sera également diminué. Pendant la pandémie de Covid, les experts ont souvent partagé qu’il fallait se protéger, pour lisser le nombre de malades sur la durée et ne pas dépasser la capacité maximale des hôpitaux. Ici c’est la même chose, on ne veut pas faire déborder le cours d’eau.

Autre métaphore au choix : Une métaphore serait la métaphore de l’entonnoir. Si vous voulez faire passer une quantité d’eau dans un entonnoir (ici, notre ruissellement), vous ne pouvez pas verser trop vite votre liquide au risque que l’entonnoir déborde (le cours d’eau sort de son lit). Vous allez donc prendre le temps de verser lentement votre liquide de manière à faire passer l’entièreté de votre récipient de base (l’ensemble des précipitations) dans l’entonnoir.