L’eutrophisation : un fléau pour la biodiversité aquatique

L’eutrophisation : un fléau pour la biodiversité aquatique

N’avez-vous pas déjà tous aperçu un plan d’eau recouvert d’algues ou de lentilles ? Peut-être avez-vous même assisté à un déclin de biodiversité (plantes et animaux) dans une mare ou un tronçon de rivière dont vous admiriez auparavant la richesse ? Eh bien ce phénomène pourrait être dû à un processus bien connu des écologues et connu sous le nom d’EUTROPHISATION. Ce processus tout à fait naturel est aujourd’hui sévèrement accentué par les activités humaines… Zoomons un instant sur ce phénomène qui n’épargne malheureusement pas les milieux aquatiques du bassin de la Senne.

L’eutrophisation en deux mots

L’eutrophisation désigne un déséquilibre de l’écosystème aquatique causé par une accumulation de nutriments, principalement de l’azote et du phosphore. Ceux-ci vont profiter à certaines espèces végétales particulièrement prolifiques (phytoplanctons, algues, lentilles d’eau, plantes subaquatiques, …). Stimulées par l’excès de nourriture, ces plantes coloniseront le milieu au point de le rendre inhospitalier pour d’autres espèces. Une fois morte, toute cette matière végétale sera ensuite dégradée par des organismes décomposeurs (principalement des bactéries) qui à leur tour prolifèreront en consommant l’oxygène présent dans l’eau. A plus ou moins long terme, plantes et animaux ne pourront plus survivre dans une eau devenue trouble, vaseuse et désoxygénée… Le milieu a dès lors perdu la biodiversité qui lui était propre.

L’eutrophisation étape par étape…

1. Un milieu en équilibre

Sans apport excessif en nutriment ou matière organique morte, le milieu aquatique foisonne de vie. Une diversité de plantes et d’animaux appartenant à des groupes biologiques variés (amphibiens, insectes, crustacés, mollusques, vers, …) s’y développe grâce à une quantité suffisante d’oxygène et de lumière dans l’eau.
> Voir le schéma 1

2. Un milieu « bien nourri »…

Le phénomène d’eutrophisation du milieu aquatique s’exprime par un enrichissement en nutriments et en matières organiques en décomposition. Les nutriments (azote et phosphore) peuvent provenir de l’engrais épandu dans les champs à proximité. En effet, ces engrais ne restent pas en place, ils ruissellent (avec l’eau de pluie par exemple) jusqu’aux milieux aquatiques situés en aval. De plus, les plantes et autres organismes qui vivent dans et au pourtour de l’eau, eux aussi lorsqu’ils meurent, apportent une quantité de matières organiques parfois abondante dans le milieu. C’est pourquoi nous disons que celui-ci devient « eutrophe », c’est-à-dire « bien nourri » (du grec eu– : « bien » et trophê : « nourriture »).
> Voir le schéma 2

3. Un milieu « trop nourri » !

Face à cet apport constant (ou soudain et massif) de nourriture, les plantes les plus compétitrices, telles que les algues, les lentilles d’eau ou d’autres espèces aquatiques à caractère envahissant, colonisent rapidement le milieu. En se couvrant d’une nappe de plantes, la surface de l’eau laisse passer de moins en moins de lumière dans les profondeurs. En s’accumulant, les plantes subaquatiques diminuent l’espace libre dans la colonne d’eau. In fine, une quantité de plus en plus importante de matières organiques mortes nourrit des bactéries dont les populations s’accroissent à leur tour. Pour s’alimenter, ces dernières consomment l’oxygène dissous présent dans l’eau.
Si certains organismes bien adaptés ou particulièrement résistants parviennent encore à vivre dans ce type de milieu, d’autres espèces plus sensibles ne pourront malheureusement plus s’y développer. Globalement, la biodiversité tend à diminuer progressivement.
> Voir le schéma 3

4. L’indigestion du milieu

Les conséquences finales de l’eutrophisation peuvent être résumées en quelques lignes : la surface devient opaque et empêche la lumière de pénétrer (la photosynthèse est donc impossible dans les couches inférieures de l’eau) ; l’accumulation de matières organiques mortes profite aux bactéries qui prolifèrent excessivement ; ces dernières consomment tout l’oxygène restant pour s’alimenter ; la vase finit par recouvrir entièrement le fond de l’eau. En bref : privée d’oxygène et de lumière et sans une variété d’habitats, la biodiversité aquatique (animale et végétale) s’éteint !
> Voir le schéma 4

En conclusion…

Comme on peut le constater, l’eutrophisation est un phénomène complexe qui, bien que d’origine naturelle, peut être amplifié et accéléré par les activités humaines. Malheureusement, peu de milieux aquatiques à travers le monde sont épargnés.

Face à ce constat, que pouvons-nous faire ? Il faut évidemment porter notre attention sur la source d’émissions de ces nutriments : les engrais d’origine agricole, la présence d’animaux domestiques dans les cours d’eau, les rejets d’eaux domestiques, la prolifération d’espèces exotiques envahissantes, etc. Réfléchir sur les causes et y remédier progressivement améliorera certainement la situation. Pour ce qui est du plan d’eau du jardin, veuillez tout simplement à limiter le développement des plantes, cela atténuera l’envasement et maintiendra des zones libres pour le développement d’une variété d’organismes.

En somme, c’est en « appauvrissant » nos milieux naturels que nous les rendrons plus riches en biodiversité !