Le raton laveur : mignon… mais problématique


Le raton laveur (Procyon lotor)
Mignon… mais problématique

Ce petit mammifère discret a pourtant un grand impact sur la biodiversité. Importé récemment sur notre continent, sa grande capacité d’adaptation et son fort insctinct de dispersion lui ont permis de rapidement et durablement s’installer en Europe de l’Ouest. Son aspect attendrissant et son comportement intriguant lui attirent souvent la sympathie du grand public. Nous verrons cependant que son influence sur l’environnement est loin d’être positive.

Qui est-il vraiment ?

Il ne faisait pas beaucoup parler de lui auparavant mais il est aujourd’hui devenu une préoccupation majeure dans la gestion des EEE (Espèces Exotiques Envahissantes).

Originaire du nord-est du continent américain, il a été introduit en Europe dans les années 30. D’abord en Allemagne, où il a été délibérément lâché dans la nature pour la chasse, ou élevé en captivité pour sa fourrure, d’où il a fini par s’échapper.

Identifié pour la première fois en 1986 sur le territoire belge, le raton laveur nous est parvenu via les frontières allemandes et luxembourgeoises.

Aujourd’hui, il est très largement répandu au sud du sillon Sambre-et- Meuse mais les populations sont en expansion jusque dans la province du Hainaut.

Mais alors, qu’entend-on par espèce envahissante ?

Une espèce est considérée comme envahissante quand elle constitue une menace pour la biodiversité, les services écosystémiques associés, la santé humaine ou l’économie. Cela peut être lié à des facteurs divers et multiples : son habitat, son alimentation, sa reproduction, sa longévité, etc.

Quel est le problème ?

Le raton laveur est une EEE par excellence, c’est un omnivore très opportuniste et adaptatif. Son régime alimentaire varié se compose principalement de végétaux en été, lorsque les ressources alimentaires telles que les fruits et graines sont très abondantes. Le reste de l’année, il exerce alors une pression de prédation sur différents invertébrés comme des insectes, des écrevisses, des vers de terre, mais aussi des amphibiens, des poissons, des oiseaux et des micromammifères. Ces populations, pour la plupart déjà impactées par d’autres problématiques, souffrent donc particulièrement de cette prédation intense.

Il est d’ailleurs l’un des acteurs de la propagation de l’aphanomycose, la peste de l’écrevisse. En effet, ses mains habiles lui permettent de “laver” ses aliments et ainsi transmettre cette maladie à travers différentes masses d’eau. Le raton laveur est plus un récolteur et un cueilleur qu’un véritable chasseur, il consommera les ressources les plus facilement accessibles lors de ses escapades nocturnes.

En plus de la prédation, il entre aussi en compétition avec de nombreuses espèces en occupant les mêmes niches écologiques. Il utilisera régulièrement des cavités arboricoles comme lieu de repos ou niche pour la mise bas. Pourtant, ce genre de ressource est déjà trop rare dans nos forêts pauvres en vieux arbres d’intérêt biologique. Il entre donc en concurrence avec, entre autre, la chouette hulotte, le chat forestier, l’écureuil roux, la martre, …

Où vit-il exactement ?

Le raton laveur occupera volontiers les fonds de vallées sous le couvert des forêts feuillues riches en cavités, au bord des cours d’eau. Cependant, lorsque la densité de population devient trop importante, il n’hésite pas à se rapprocher de l’homme et s’adapte sans problème à des zones urbaines.

Point de vue législation ?

La gestion du raton laveur rentre dans la circulaire de 2007 concernant la gestion des espèces animales non indigènes.

Qu’est ce que cela signifie ? Pour des questions de conservation de la nature et/ou pour éviter certaines nuisances, cette circulaire cadre le tir des espèces animales exotiques envahissantes afin de tenter de les éliminer avant qu’elles ne s’installent définitivement.

Dangereux pour l’homme ?

De plus, le raton est un vecteur potentiel de zoonoses (maladies transmissibles de l’animal à l’homme et inversément) comprenant différents virus, bactéries et vers parasites. Nous pouvons citer la rage, l’échinoccocose alvéolaire, la baylisascariose et la leptospirose.

Aujourd’hui que faire face au raton laveur ?

Bien qu’il s’agisse d’un problème assez récent, le raton laveur est déjà trop bien installé et suffisamment retors que pour espérer son élimination complète de notre territoire. Quelques démarches existent quand même :

  • Encoder ses observations sur des sites de recensement comme « Observations.be » ou « Inaturalist » qui permettent aux scientifiques de dresser un inventaire des populations plus facilement et plus rapidement qu’avant.
  • Eviter de le familiariser et de le nourrir. En effet, il s’agit d’une espèce très anthropophile. Il est donc inutile de l’encourager d’avantage à nous côtoyer.
  • Contacter SOS Environnement Nature si vous trouvez un animal mort.
  • La Directive Européenne (Règlement UE/1143/2014 – Espèces exotiques envahissantes) et la législation régionale (Circulaire 2688 – 23/01/2007 : régulation d’espèces animales non indigènes) sont mises en place pour lutter contre l’espèce.

En résumé, il est vain d’espérer retrouver une Belgique sans EEE telles que le raton laveur. Il convient cependant de surveiller le niveau des populations jusqu’à la mise en place d’un plan de lutte (en cours de rédaction) cohérent vis-à-vis de l’espèce pour espérer limiter leur impacts sur notre environnement.

Sources
●“Raton laveur (Procyon lotor) / Mammifères/ Vertébrés/ La biodiversité en Wallonie”. biodiversite.wallonie.be http://biodiversite.wallonie.be/fr/procyon-lotor.html?IDD=50333996&IDC=326
●“Le raton laveur”. biodiversite.wallonie.be http://biodiversite.wallonie.be/fr/le-raton-laveur.includehtml?IDC=6577
●“Analyse de la dynamique des populations de ratons laveurs (Procyon lotor) en Wallonie et estimation des densités de population dans deux massifs forestiers par pièges photographiques” https://matheo.uliege.be/bitstream/2268.2/11001/4/TFE_Simon_Tossens.pdf