Le xénope lisse
Une nouvelle espèce envahissante en Belgique
Comme dit le dicton « il vaut mieux prévenir que guérir », cet article est élaboré pour vous sensibiliser à une espèce invasive encore peu présente en Belgique mais redoutable ! Ouvrez l’œil !
Petite description du fugitif…
Le xénope lisse est un amphibien de la famille des Pipidae assez atypique, il ne ressemble à aucun autre amphibien autochtone. Cet amphibien vit exclusivement dans l’eau même s’il peut se déplacer par voie terrestre.
Son corps est plat, sa peau marbrée est lisse et glissante, ses pattes antérieures sont petites tandis que les postérieures sont grandes, palmées et munies de griffes. Ses yeux sont placés sur le dessus de la tête avec un iris doré. Le mâle mesure environ 7 cm à l’âge adulte et 13 cm pour la femelle. Le têtard possède 2 barbillons près de la gueule et peut mesurer jusqu’à 8 cm (allure de poisson-chat) ! Le xénope lisse peut vivre jusqu’à 15 ans en milieu naturel ! Son aire de répartition d’origine est l’Afrique australe (savane d’Afrique du Sud, le Kenya, la Zambie, etc).
Voie d’introduction
Dès 1930, le xénope lisse fût utilisé comme test de grossesse. De l’urine de femme « supposée » enceinte d’au moins 15 jours était injectée sous la peau du batracien. Si le xénope femelle pondait dans les 24 heures qui suivait l’injection, le test était positif ! Il est aussi utilisé en laboratoire pour l’expérimentation animale.
Les premières observations dans l’environnement en France datent de la fin des années 1980 lorsqu’un centre d’élevage du CNRS a fermé ses portes et relâché ses animaux d’expérimentation dans la nature.



Milieux de vie et régime alimentaire
Assez ubiquiste, on retrouve le xénope lisse dans différents milieux lenthiques tels que mares, étangs, ou bassins d’orage et il utilise les voies d’eau courantes pour se déplacer ainsi que pour se reproduire, notamment dans les zones où le courant est faible voire inexistant. Il affectionne particulièrement les zones riches en matières organiques ou les milieux dégradés (mares eutrophisées, bassins de décantation d’eaux usées, zones piétinées par le bétail avec un apport d’excréments, etc.). Toutes ces zones peu propices au développement de nos espèces indigènes lui sont favorables.
Son régime alimentaire est très large, puisqu’il se nourrit volontiers d’invertébrés aquatiques, mais aussi de poissons et d’autres amphibiens plus petits que lui. Il pratique également le cannibalisme. Le xénope lisse peut se permettre de telles pratiques vu le du nombre d’œufs pondus (300 à 2 500 œufs 2 à 3 fois par an – ce qui lui permet d’optimaliser sa reproduction).
Gestion des populations
Différentes techniques peuvent être envisagées et combinées.
Capture des pontes – très difficile car les œufs mesurent 1 mm et sont disséminés en petits tas. Peut être mis en œuvre lors de la pose de nasses de capture car les adultes pondent sur les mailles de la nasse.
Capture des têtards – demande une certaine rigueur car doit être réalisée une fois par semaine. Les têtards se regroupent à la surface de l’eau qui doit atteindre 19 – 20°C.
Captures des juvéniles et adultes – se déroulent de mars à octobre avec un pic de capture de mai à septembre qui correspond à la période de reproduction. Des nasses à double entrées sont posées sur le fond du plan d’eau (avec toujours une zone hors eau pour permettre aux espèces qui ne devaient pas être capturées de survivre). La pose dure une nuit (24 heures max.).
Confinement des zones envahies – placement d’un « cordon sanitaire » sur tout le pourtour pour éviter les déplacements ainsi que des filtres aux exutoires. Cette mise en place est contraignante et peut avoir un impact sur des espèces indigènes utilisant cette même zone.
Mais encore…
C’est un porteur sain de deux pathogènes redoutables pour nos populations d’amphibiens :
- le Batrachochytrium dendrobatidis, champignon responsable du déclin majeur de plus de 200 espèces de batraciens à travers le monde en moins de 30 ans
- un ranavirus, virus hautement pathogène pour d’autres espèces d’amphibiens
Vous l’aurez compris, avec sa capacité de reproduction et son ubiquité au niveau des territoires occupés, cela en fait un redoutable concurrent !
Actuellement quelques populations se situent sur les communes de Messines (ou Mesen, située en région flamande) et de Warneton, ainsi que sur des communes françaises limitrophes avec la Belgique.
Ouvrez-l’œil ! Plus vite ces batraciens sont détectés, mieux les populations seront gérées. Vous pouvez encoder vos observations sur www.observations.be ou www.inaturalist.org ou www.biodiversite.wallonie.be ou les signaler auprès de votre Contrat de Rivière.
Pour rappel : il est interdit de détenir, de relâcher ou de permettre la reproduction de cette espèce !

Un autre amphibien exotique envahissant en Belgique : la grenouille taureau
Originaire des Etats-Unis, elle a été introduite dans de nombreux pays d’Europe via son commerce ou la recherche scientifique. Le têtard mesure jusqu’à 18 cm, adulte il peut atteindre 25 cm pour environ 1 kg !
Son impact sur la faune locale se joue à différents niveaux – prédation (source de nourriture), compétition (utilise les mêmes habitats et ressources que la faune indigène) et transmission de pathogènes (porteur sain du ranavirus et du Batrachochytrium dendrobatidis).

